2. Une jeunesse centenaire : brève histoire de l’UNEF

[message_box title= »QU’EST CE QUE L’UNEF? » color= »blue »]1. Le syndicalisme comme réponse à la loterie libérale

2. Une jeunesse centenaire : brève histoire de l’UNEF

3. Notre conception du syndicalisme

4. L’UNEF dans son milieu[/message_box]

 

Dès la fin du XIXème siècle, au moment où la IIIe République qui réorganise l’enseignement supérieur donne naissance à « l’étudiant fréquentant la Faculté », se constituent à Nancy, puis à Bordeaux, Lille, Dijon, Paris et Lyon les premières Associations générales d’étudiants (AGE). César Campinchi en résume l’objectif : « réunir les étudiants de Paris, dans l’intérêt de leurs études, établir entre tous ses membres des liens de solidarité et de fraternité, afin de procurer à chacun aide et assistance. » Le gouvernement de la IIIème République accueille avec bienveillance la création de ces premières AGE attachées aux valeurs républicaines, qui sont de nature à arracher les étudiants « au carcan des influences familiales et locales » et à « couper ces liens conservateurs, entrave à l’Etat nouveau » Le 4 mai 1907, à Lille, les AGE se fédèrent en une Union nationale des Associations générales d’étudiants. La naissance de l’UNEF qui en résulte dépasse leurs espérances.
L’Union nationale se donne certes pour but, de développer l’esprit d’association et de camaraderie chez les étudiants (salles de billards, fumoirs, bibliothèques, services de consultations juridiques ou médicaux), mais aussi de présenter aux pouvoirs publics leurs revendications (organisation des examens, conditions d’incorporation au service militaire après la session de septembre) et de développer les œuvres susceptibles d’améliorer leur situation matérielle. Ces revendications seront clairement formulées au congrès de Nancy en 1909 et les moyens d’action définis : « à la dernière extrémité, la grève de l’Université ».
L’UNEF, régie par la loi sur les associations 1901 et non par la loi de 1884 sur les syndicats, n’est pas pensée comme un lieu de contestation sociale, ni même comme un instrument de défense des étudiants. La Première guerre mondiale puis la crise des années trente vont accélérer son évolution. Père mort au champ d’honneur, blessé reprenant ses études, la population étudiante de 1920 n’est plus la même qu’en 1900. « L’UNEF se lance dans des réalisations matérielles pour les étudiants atteints par la dureté des temps».

Apolitisme ? Corporatisme ?

Au début des années vingt, l’UNEF mène campagne pour l’octroi de prêts d’honneur, revendique dès 1924 une allocation d’études, obtient la création de la médecine préventive universitaire, la construction du sanatorium de Saint-Hilaire-Du-Touvet dans l’Isère (1924) pour soigner les nombreux étudiants tuberculeux, les premiers restaurants universitaires, la création de l’Office du Tourisme Universitaire (1929) et du Bureau Universitaire des Statistiques destiné à élaborer des enquêtes sur les carrières afin de faire face à l’engorgement des professions « intellectuelles». L’UNEF devient l’outil par lequel l’enseignement supérieur et les étudiants se structurent. Cela lui vaut d’être reconnue d’utilité publique par le président de la République, Gaston Doumergue.Le nombre de ses adhérents ne cesse d’augmenter (40 000 en 1932) ; les AGE sont des lieux permettant d’échapper à la solitude, mais l’UNEF c’est aussi l’apprentissage de la vie publique, ministres, maires, et préfets étant les interlocuteurs ordinaires des représentants étudiants. Cette culture civique et gouvernementale éloigne l’UNEF de la tentation extrémiste de l’entre-deux guerres et la protège de la stratégie d’affrontement que l’extrême droite développe dans le milieu étudiant, même si l’AGE de Paris est contrôlée par l’Action française dès 1925.
Les engagements de l’UNEF sont toutefois porteurs de certaines ambiguïtés. Militante de la Paix dès 1919 (congrès de Strasbourg), elle prend l’initiative de la fondation de la Confédération Internationale des étudiants (CIE), reconnueet intégrée dans la SDN, mais ne rompt pas pour autant avec les organisations étudiantes italiennes devenues fascistes, et n’échappe pas au climat xénophobe et antisémite qui se développe en 1935. De façon générale, l’UNEF s’oppose à tout élargissement social du recrutement des étudiants: elle organise des grèves et manifestations de rue contre l’accès des capacitaires à la licence de droit en 1932, contre l’accès des bacheliers sans latin à la licence de lettres, contre l’accès des élèves du primaire supérieur non titulaires du baccalauréat à la licence de sciences. Elle semble se consacrer à la défense des intérêts d’une élite sociale déjà constituée.
Pourtant, l’étudiant des années 30 n’est plus uniquement l’étudiant bien né du début du siècle. Le nombre des boursiers a considérablement augmenté et en novembre 1935, le gouvernement décide un doublement des droits universitaires. L’UNEF lance alors un mot d’ordre de grève générale pour les 11 et 12 février 1936. Saluée avec enthousiasme par certains, cette grève est finalement décommandée, témoignant des oppositions qui secouent l’UNEF. Il n’y a pas en son sein de clivage entre les partisans d’une université plus ouverte et les tenants d’une structure plus traditionnelle, mais se dessine clairement l’émergence d’une sensibilité nettement plus revendicative, capable de transcender les divergences d’intérêts disciplinaires et déterminée à utiliser la grève pour obtenir satisfaction.

L’institutionnalisation du syndicalisme étudiant

Le congrès de Vichy de mars-avril 1937 marque un changement de cap : l’UNEF, encouragée par Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale, recentre l’ensemble de ses activités autour de la question de l’aide sociale aux étudiants.
La nouvelle orientation de l’UNEF consécutive à l’accès à sa présidence de Claude Delorme, jeune étudiant socialiste trouve un écho favorable du côté de Jean Zay, soucieux de mettre en place une « politique générale des étudiants ». Un Comité Supérieur des œuvres sociales en faveur des étudiants est créé. Il en résulte « une collaboration inédite » : pour la première fois, des représentants des étudiants sont appelés à siéger aux côtés des représentants de l’administration dans une instance ministérielle. L’UNEF obtient le monopole en matière d’aide sociale aux étudiants et s’engage sur la voie de l’institutionnalisation. À partir de juin 1938, le Courrier des étudiantspublié par le CSO devient l’organe officiel de l’Union nationale. Les relations constantes des dirigeants de l’UNEF avec le CSO ont pour effet de renforcer le rôle de celle-ci vis-à-vis des AGE qui ont besoin du soutien du Bureau national pour défendre leurs demandes auprès du ministre. Une véritable Union nationale est née. En 1939, l’UNEF regroupe plus de 21 000 adhérents, soit un étudiant sur quatre. La guerre éclate à nouveau.

Les années noires

Les épreuves de l’Occupation mettent en évidence les limites de l’apolitisme traditionnel de l’UNEF.
Pour ses dirigeants, la ligne de conduite est simple : « maintenir l’UNEF pour maintenir les œuvres ». Jean David, non mobilisé, fait fonction de président.
« L’UNEF n’a jamais collaborée… Mais elle a continué à exister comme auparavant, ne prenant position ni au moment de la déclaration de guerre, ni lors de la défaite, ni au moment de la déportation, ni à la Libération». Ceux de ses membres qui participent à la Résistance le font en dehors de l’UNEF. À la Libération, l’UNEF échappe de peu à la dissolution. Elle est déconsidérée et concurrencée par un certain nombre de groupes politiques ou confessionnels qui sortent de la guerre auréolés de gloire.
C’est l’AGE de Lyon où de nombreux étudiants avaient trouvé la mort dans la résistance (bien que l’AGE soit ouvertement pétainiste) quiva s’attacher à reprendre la direction de l’UNEF, après avoir été reconstituée, (et notamment avec des étudiants revenus d’Allemagne) dès le congrès de Dax à Pâques 1945. Ce sera partie remise. L’enjeu pourtant était important. Le ministre de l’Éducation René Capitant, proche des milieux chrétiens de gauche, voulant limiter l’influence des communistes dans la jeunesse, avait instauré ce que l’UNEF avait si longtemps réclamé : une représentation étudiante au sein des conseils, sur la base du suffrage universel. Les lyonnais, soutenus par Toulouse et Paris-lettres préparent le congrès de Grenoble d’avril 1946. Ils ont fait choix de rénover la vieille UNEF.

La charte de Grenoble

Ce congrès est celui d’une nouvelle naissance pour l’UNEF. 134 délégués représentent 23 AGE de province et 7 AGE parisiennes. L’UNEF regroupe 37 818 adhérents sur 123 000 étudiants. Un texte essentiel y est adopté : la Charte de Grenoble.
Les étudiants y sont définis comme de jeunes travailleurs intellectuels, groupe social ayant des intérêts spécifiques (indépendamment de toute origine sociale), et des droits collectifs à défendre: la prévoyance sociale, l’indépendance matérielle et le libre exercice des droits syndicaux. Il appartient aux étudiants de faire progresser la culture et de dégager le sens de l’Histoire.Lindépendance de l’UNEF vis-à-vis de toute tutelle politique ou étatique est réaffirmée ainsi que sa nature syndicale et sa volonté de transformation sociale.
Les 6 et 7 juin 1947, la première grande grève étudiante sur le thème « Étudiant, on se fout de toi » connaît un vrai succès. Elle vise à s’opposer à l’augmentation des droits universitaires et à la baisse des bourses. L’UNEF ne reste pas inactive quant à la défense du statut social étudiant. Profitant de la mise en place du pacte social qui suit l’après guerre, elle inspire la loi du 23 septembre 1948 qui étend aux étudiants le bénéfice de la sécurité sociale. La gestion de celle-ci est confiée aux étudiants eux-mêmes: le mutualisme étudiant naît avec la Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF). Entre 1947 et 1956, l’UNEF devient le « grand syndicat unique de la classe estudiantine » comme le dit Le Figaro. En 1956, elle regroupe 80 000 membres, soit environ la moitié des étudiants. Il est vrai que souvent la carte de l’UNEF est vendue avec celle de la MNEF…
L’UNEF est devenue une force reconnue à l’échelon national, qui par l’intermédiaire des AGE colle de près à son milieu social. Les AGE sont chargées de gérer matériellement les services (bibliothèques, discothèques, clubs divers…) et de formuler les revendications des étudiants. Des Offices techniques regroupent les étudiants d’une même discipline sur l’ensemble du territoire et se soucient surtout de l’organisation des études et des débouchés professionnels.
Au niveau national, le fonctionnement de l’UNEF repose sur un bureau de 8 à 12 membres élus au congrès, équipe de techniciens dirigée par un président polyvalent.
Après les difficiles années noires de la guerre et de l’après-guerre, l’UNEF a pignon sur rue. Hébergée gratuitement rue Soufflot dans des locaux du Comité parisien des Œuvres (COPAR), elle entretient de bonnes relations avec les institutions universitaires (doyens et recteurs), ainsi qu’avec le ministère et reçoit pour ses activités des subventions publiques.
Sa situation est « ambivalente et paradoxale». Émanation reconnue par tous d’une élite étudiante traditionnellement recrutée dans la bourgeoisie, elle a les allures d’un groupe de pression, mais d’un groupe de pression original, car elle n’a rien à donner, ni argent, ni influence électorale. Elle est aussi caractérisée par sa totale indépendance à l’égard des partis politiques ou du gouvernement.
Étudiants élus par des étudiants, les dirigeants de l’UNEF ont à trouver seuls les solutions des problèmes qui se posent à eux. Ainsi, en 1956 sous le nouveau gouvernement Guy Mollet, l’UNEF obtient la cogestion des « Œuvres en faveur des étudiants » par l’intermédiaire du Centre National des Œuvres, successeur du CSO. La mise en place de l’allocation d’études, revendication adoptée au Congrès d’Arcachon en 1950, n’a jamais été aussi proche ;à tel point que le Ministre René Billière l’insère même dans son plan de réformes.

« L’UNEF aux minos »

Si le principe de l’indépendance du syndicalisme étudiant vis-à-vis des partis et du gouvernement fait l’unanimité, les divergences réapparaissent dès que les « minos », fidèles à l’exemple mythique de la Résistance, revendiquent le droit et le devoir de prendre politiquement position, expliquant que l’apartisme ne signifie pas l’apolitisme.
L’UNEF semble avoir suivi l’évolution générale de la société française quant à sa direction. Jusque ici, l’organisation étudiante avait davantage connu les nuances et les oppositions personnelles que de véritables courants de pensées organisés. Peu à peu, et hormis un certain scepticisme, les « majos » n’ont rien à opposer aux revendications des minos de démocratisation de l’enseignement supérieur, de cogestion de l’université et de l’allocation d’études, qui avait été abandonnée par les majos entre 1953 et 1956. Peu à peu, les corpos les plus dures quittent l’UNEF. Les majos sont politiquement hétérogènes, de l’extrême droite de Paris-Droit à certains éléments socialistes, sans unité idéologique depuis que l’anticommunisme traditionnel ne les fédère plus. Lyon et Grenoble, la FGEL de Paris, le cartel des ENS et l’AGPLA sont pour les Minos ; les communistes et les socialistes s’intéressant peu à l’UNEF, c’est la jeunesse étudiante chrétienne qui donne le ton, encore auréolée par son rôle face au nazisme et à Vichy. Ils sont « coco-jécistes » pour la plupart d’entre eux, comme le dit l’extrême droite. Alain Monchablon le constate : « force montante, les minos l’aurait sans doute emporté sans qu’interviennent les questions d’outre-mer. Ils ont conquis la MNEF et diverses AGE. L’histoire va en décider autrement. »

L’UNEF à l’heure algérienne

Les débats liés aux « problèmes » en Afrique du Nord vont progressivement gagner l’organisation. L’UNEF dispose d’AGE à Alger, Tunis et Rabat. En septembre et octobre 1955, le rappel et le maintien sous les drapeaux en Algérie de 175 000 jeunes ayant déjà accompli leurs obligations militaires, suscite dans les gares et dans les ports de nombreuses manifestations spontanées. L’Express, qui interroge l’UNEF sur sa position silencieuse, ouvre une crise interne qui s’achève par une nouvelle déclaration d’apolitisme. L’arrestation de 13 étudiants musulmans (et la mort de l’un d’eux), l’existence de « camps d’hébergement », la « chasse au faciès » menée à Montpellier dans laquelle s’illustre tristement J- M. Mousseron (président d’honneur et conseiller juridique de l’UNEF) conduisent les minos à adopter une position sans ambiguïté. En mars 1956, l’AGE de Grenoble fait adopter un texte prônant des « négociations avec les représentants qualifiés du peuple algérien ». Parallèlement, l’Union Générale des Étudiants Musulmans Algériens (UGEMA) durcit elle aussi ses positions et demande « la proclamation de l’indépendance de l’Algérie, la libération de tous les patriotes emprisonnés, des négociations avec le FLN ». La position de l’UNEF est d’autant plus difficile que l’AGE d’Alger soutient ouvertement le Comité d’Action Universitaire pour l’Algérie française, et que le gouvernement socialiste de Guy Mollet est entré dans une politique de guerre coloniale.
Le drame algérien rompt définitivement le pacte de neutralité de l’UNEF. Comme le note A. Coutin, « le schisme est consommé au Congrès de Paris en 1957. Les majos ont toujours considéré que l’Algérie est terre française. Ils se rendent comptent qu’ils seront amenés à se prononcer contre les partisans de l’abandon et à se joindre au camp des nationaux. Cette contradiction interne les déchire. Ils trahissent malgré eux leur principe d’apolitisme. »
De ce fait, l’UNEF est comme paralysée. En France, les arrestations d’étudiants se multiplient. L’UNEF choisit la prudence et limite ses démarches à des interventions individuelles (souvent réussies) pour sauvegarder les sursis d’étudiants. Mais le 5 avril, informée de l’existence d’exécutions sommaires, de représailles collectives, et d’actes de torture, elle diffuse un communiqué qui conclut : « S’il était vrai que la guerre d’Algérie ne pût se poursuivre par d’autres moyens, c’est à cette guerre elle-même qu’il faudrait mettre fin. » Les AGE majos (Langues Orientales, Paris-Sciences, le Cartel des arts, Montpellier, HEC, Paris-Pharmacie, Aix, Dijon, Nantes), désavouent l’UNEF et « ses protestations morales ».
L’UNEF va renforcer son audience et son prestige, malgré la tentative de création par les gaullistes du Mouvement des Étudiants de France. Le MEF ne durera pas, mais le ton est donné : le monde étudiant ne restera pas sans contre pouvoir. À partir de janvier 1958, l’UNEF dénonce les abus de la raison d’Etat et prend en charge la défense de nombreux étudiants algériens pour lesquels le temps de l’exode semble venu…
Au congrès de 1958, la présidence de l’UNEF, jusqu’alors détenue par des jécistes, passe à Georges Danton, étudiant socialiste. Face aux événements d’Alger du 13 mai 1958, l’UNEF comme les syndicats français, dénonce l’atteinte aux institutions républicaines.

Le réveil du parti de la paix et de l’antifascisme

Le 18 août 1959, le régime des sursis est modifié. Le milieu étudiant est directement confronté à la guerre, et c’est sur cette question syndicale que l’UNEF affirme sa position. Le congrès de Lyon vote une motion décisive où sont demandées « des négociations avec le FLN sur les conditions d’un cessez-le-feu et les garanties d’application de l’autodétermination ». La mention explicite du FLN fait l’effet d’une bombe.
Le 6 juin 1960 un communiqué commun signé à Lausanne par L’UNEF et l’UGEMA rend publique la reprise officielle des relations avec les associations d’étudiants d’outre-mer. Le texte est audacieux. Se dessine aussi la tentation de l’insoumission et de l’aide directe au FLN (six étudiants sont arrêtés, parmi lesquels quatre responsables parisiens d’AGE). Le gouvernement supprime la subvention de l’UNEF et menace de la déclarer non représentative.
En septembre, alors que s’ouvre le procès du réseau Jeanson, le manifeste des 121 est rendu public. L’UNEF doit-elle prôner l’insoumission ? Elle fait le choix de l’action de masse et par l’appel du 5 octobre jette les bases de la première manifestation unitaire contre la guerre.
Le 27 octobre, quinze mille manifestants défilent dans la rue et à la Mutualité ; Pierre
Gaudez, président de l’UNEF, parle au nom de tous pour « la paix par la négociation, les garanties mutuelles de l’application loyale du principe de l’autodétermination». Pour l’UNEF, c’est l’apogée. Le mythe est en marche : il est possible de concilier action de masse, captation des forces ouvrières traditionnelles et audace.
En 1961 et 1962, l’action contre la guerre d’Algérie devient la priorité de l’UNEF dans un cadre qu’elle souhaite intersyndical. Mais au moment du putsch des généraux et de la rupture des premières négociations d’Évian, l’UNEF se retrouve seule.
Le gouvernement menace de supprimer le Centre National des Œuvres, puis impose la signature d’une charte d’apolitisme, faute de quoi il se cherchera d’autres correspondants. Le 29 juin est créée de toutes pièces la Fédération Nationale des Étudiants de France (FNEF), immédiatement reconnue et subventionnée par le pouvoir gaulliste qui lui donne ad notum une représentation au CNO. Cette ingérence gouvernementale conduit l’UNEF à boycotter dès 1963 les élections.
La gangrène du fascisme s’est étendue en France. En novembre 1961, puis le 8 février 1962, l’UNEF organise avec la CGT et la CFTC des manifestations contre l’OAS et pour la paix en Algérie, interdites par les autorités. Des comités antifascistes se constituent qui, de cartels d’organisations politiques (UEC, ESU) et syndicales (UNEF, SNESUP, SGEN) se fédèrent en un Front Universitaire Antifasciste en décembre.
La signature des accords d’Évian inaugure une nouvelle période de reconversion de l’UNEF vers des revendications universitaires plus traditionnelles. Au congrès de Reims, l’UNEF exige d’une part de la France le respect absolu des accords d’Evian, et d’autre part le réglement des problèmes de la vie étudiante et des problèmes universitaires (ceux liés à la hausse des effectifs, mais aussi ceux concernant la nature de l’enseignement dispensé). L’UNEF dénonce le caractère abstrait et cloisonné d’une formation inadaptée à l’économie et rappelle l’intérêt d’une allocation d’études qui assurerait l’autonomie des étudiants. Elle réclame une nouvelle réforme du service militaire, le développement de l’Éducation permanente, et d’ouvrir l’université pour en faire l’affaire de tous, y compris des confédérations ouvrières. L’UNEF s’oriente vers un syndicalisme responsable et unitaire, soucieux de négocier avec le gouvernement. Le nouveau ministre Sudreau semble coopératif, et le congrès adopte une position modérée. Pour la première fois, les « minos » se sont montrés divisés entre les partisans d’une action revendicative intensive (proches de l’UEC) et les partisans d’une stratégie de temporisation. Au cours de l’année 1962-1963, aucun projet n’aboutit. Le gaullisme n’a pu briser l’UNEF, mais il l’ignore et lui préfère la FNEF qu’il a fabriquée.
Les difficultés du syndicat ne sont pas surprenantes. Elles tiennent à la structure même du renouvellement des militants en milieu étudiant. Une génération s’est retirée et avec elle toute la mémoire de l’organisation. Hostile au moralisme chrétien qu’elle dénonce, la nouvelle génération est comme fascinée par un mouvement ouvrier qui semble renaître. La longue grève des mineurs soulève l’enthousiasme. Au sein du FUA, les responsables de l’UNEF et les étudiants communistes de l’UEC ont noué des liens. Cette approche coïncide avec une UEC qui est de plus en plus en rupture avec le PCF. Au congrès de Dijon du printemps 1963, la gauche politique tente de prendre le pouvoir.

Radicalisation et marginalisation progressive de l’UNEF à l’aube de Mai 68

Comme le note Le Monde « à partir de 1963, se dessine peu à peu à travers d’innombrables soubresauts, une nouvelle orientation visant à politiser le mouvement étudiant de façon plus radicale et à en faire un instrument de lutte idéologique en milieu universitaire contre la société bourgeoise, quitte à ne rassembler que la minorité d’avant garde». Le 54ème congrès de Bordeaux en avril 1965 dure onze jours. Face à une contestation importante des militants et à l’indifférence de plus en plus grande des étudiants, Jean-François Nallet, nouvellement élu président, n’a guère d’autorité pour diriger l’organisation. À la rentrée 1966, l’UNEF semble désemparée.
L’écho de la révolution culturelle chinoise achève de ruiner la fragile reconstruction. L’UNEF peu à peu réduite à peau de chagrin, l’AGE de Strasbourg tombe logiquement aux mains de l’Internationale situationniste. De mal en pis : en janvier 1967 le président de l’UNEF Jean Terrel démissionne. L’UNEF est à prendre. La tentation est grande pour le PSU, menacé d’étouffement par le rapprochement électoral du PCF et de la FGDS de François Mitterrand. Dans « une atmosphère de putsch », P. Vandenburie devient président, chargé de « réinventer l’UNEF ». L’UNEF perd peu à peu contact avec la masse des étudiants, et l’organisation dépérit lentement. Paralysée financièrement (acheter du papier ou des timbres est une aventure), géographiquement rétrécie, devenue simplement le lieu d’affrontements de groupuscules politiques, l’UNEF demeure malgré tout la seule organisation de masse en relation avec les centrales syndicales ouvrières et capable d’assurer un relais en province. Elle est exsangue et pourtant, à la veille de mai 1968, elle est au carrefour de tous les foyers d’agitation du monde étudiant. Du point de vue de la structure, comme le remarque dans sa préface Hervé Bourges, « ce n’est pas sans ironie que ses responsables relèveront, au cours de la crise, les démarches pressantes du gouvernement, soucieux de voir les étudiants défiler pacifiquement sous la houlette d’un mouvement dont il n’a cessé de contester la représentativité ». Nous n’évoquerons pas les épisodes bien connus de la « commune étudiante ». Même si Jacques Sauvageot, président de l’UNEF, est une figure historique du mouvement et si de ce fait pour la grande masse étudiante comme pour les lycéens qui entrent à l’université en octobre 1968, le sigle de l’UNEF n’est pas discrédité, Mai 68 a eu essentiellement pour effet d’achever le processus de désyndicalisation de l’UNEF. Incapable de relancer une offensive sur de nouvelles bases à la rentrée 1968-1969, engluée dans ses débats idéologiques, l’UNEF se brise sur la loi d’orientation du ministre Edgar Faure, qui accorde une représentation aux étudiants dans les conseils d’université. Le congrès de
Marseille en décembre 1969 appelle au boycott des élections universitaires pour ne pas « cogérer l’université capitaliste », tout en prônant le contrôle étudiant sans en indiquer les moyens institutionnels.
Le dernier congrès unitaire d’Orléans (1970) se résume à des affrontements entre tendances : communistes de l’UEC, trotskysteslambertistes de l’AJS (Alliance des jeunes pour le socialisme) et les étudiants du PSU (Parti Socialiste Unifié). La proposition d’un bureau d’union de toutes les tendances étant rejetée, la plus forte minorité (PSU) conserve un BN homogène qui s’intitule lui-même « bureau de gestion de crise ». Puis, au collectif national de janvier 1971, le PSU annonçant son départ de l’UNEF, le BN démissionne. Restent face à face deux forces politiques : l’UEC et l’AJS, animées d’une haine politique ancienne et durable… Chacune convoquera un congrès de l’UNEF.

« Deux plaideurs trouvèrent un jour une huître sur une plage… » La scission de 1971

Il y aura donc deux congrès de l’UNEF début 1971. Celui de l’UNEF-Unité syndicale à Dijon (la FEN, Force ouvrière et la CFDT sont présentes) et celui de l’UNEF-Renouveau à Paris (soutenu par la CGT et le SNES-SUP). Les raisons officielles de la scission sont non seulement des questions de démocratie interne, mais surtout la question des élections étudiantes aux conseils des universités. L’UNEF-Renouveau est favorable à la participation à ces élections, l’UNEF-Unité Syndicale y est opposée. Mais le conflit est plus fondamental. Pour l’UNEF-Re, le monde étudiant n’est pas homogène. L’origine sociale des étudiants est un facteur d’inégalité que l’on ne peut négliger. L’essentiel n’est pas de lutter contre le mandarinat pédagogique ; il faut défendre les intérêts des fils d’ouvrier à l’université et privilégier la revendication d’un système de bourses et non une hypothétique allocation d’études. Le lien organique de l’UNEF-Re avec le PCF ne sera jamais rompu et il est exclu de développer un syndicalisme étudiant autonome par rapport au parti. Le principe du centralisme démocratique régissant son fonctionnement, le droit de tendance n’existe pas. Les espaces de contestation et de critique sont inexistants ou gommés par l’appareil. L’UNEF-US est quant à elle dirigéepar un appareil politique, celui de l’AJS. Mais elle cherche à adopter des revendications qui concernent l’ensemble des étudiants. Elle se présente aux élections aux CROUS, tout en restant fidèle au principe de refus de la cogestion.
Pendant les dix années qui précèdent la réunification partielle de l’UNEF, la position relative à la loi Faure entretient les clivages. L’UNEF a refusé la participation assimilée à une tentative d’étatisation du mouvement étudiant. Dès 1963, L’UNEF avait décidé le boycott des œuvres universitaires et n’y mettra un terme qu’en 1973. La politisation du milieu étudiant est forte. Les sujets de mobilisation des étudiants sont en général extra universitaires. Il s’agit en premier lieu des questions de solidarité internationale : Viêt-Nam, Chili après 1973… Des manifestations devant les ambassades et des sit-in sont régulièrement organisés. Le travail revendicatif et syndical est mené par l’UNEF, mais les grandes grèves seront animées en dehors des syndicats, sous la forme de coordinations (1973, 1976). Le mouvement étudiant semble définitivement éparpillé.
Toutefois, à partir de 1976, une tendance poussant à la resyndicalisation de l’UNEF est manifeste. Dès 1973, la loi Debré sur le service militaire suscite une grosse mobilisation étudiante et lycéenne. En 1976, la grève s’organise contre la mise en place des 2ème cycle de la réforme Saunier-Seïté et l’UNEF, reçue par le ministère, prend le pas sur les coordinations gauchistes. Le refus de la sélection fédère les énergies. Droit aux études, droit au diplôme, droit à la qualification et à l’emploi sont réaffirmés.

Réunification partielle : la fondation de l’UNEF Indépendante et Démocratique

En réponse au débat lancé suite à l’échec de la gauche aux élections législatives de 1978, la gauche socialiste fait de la reconstruction d’un outil syndical un impératif premier. Les rocardiens tout comme les mitterrandistes poussent à une unification permettant de disposer à l’université d’un contrepoids face à l’UNEF-Renouveau. Le camp de la transformation sociale ne pourra gagner s’il continue d’être émietté.
Ainsi, à Nanterre en mai 1980, Jean-Christophe Cambadélis est élu président de l’UNEF-ID, qui rassemble toutes les forces de l’extrême gauche à la gauche socialiste à l’exception des communistes. Son orientation est claire : la charte de Grenoble inspire son texte fondateur, la charte de Paris, en particulier sur la question de l’indépendance matérielle de l’étudiant ou sur la question de l’apolitisme. Ses deux axes essentiels seront l’aide sociale (l’allocation d’études) et la lutte contre la sélection à l’université. Elle va d’ailleurs remporter un certain nombre de victoires en 1984 avec, par exemple, la mise en place de la loi Savary.
L’élection de Mitterrand à la présidence de la République en mai 1981 change la donne. L’UNEF-ID, soucieuse de ne pas laisser la représentation dans les conseils à l’UNEF-Renouveau devenue l’UNEF-Solidarité Étudiante (UNEF-SE), trouve dans la nouvelle loi Savary l’occasion de «brûler aujourd’hui ce qu’elle adorait hier, le dieu boycott ».
L’UNEF-ID présente une première liste de candidats aux élections du CROUS dès 1982, puis aux élections au CNESER. Elle va rapidement devenir la première organisation étudiante.

« Devaquet, si tu savais… » : l’UNEF contre la sélection

En septembre 1986, le ministre Devaquet du nouveau gouvernement RPR-UDF propose un projet de loi visant à rétablir de manière ouverte la sélection à l’université : les droits d’inscription seraient multipliés par deux ou par trois et fixés librement par les universités. Seraient également mis en place un dispositif d’orientation forcée à la fin du Deug et un examen pour accéder à la licence. La représentation étudiante serait réduite dans les conseils d’université… Immédiatement, la mobilisation contre ce projet s’organise.
Les États Généraux de l’UNEF-ID prévus pour le 22 novembre 1986 se transforment en mouvement de lutte contre le projet Devaquet et appellent à une manifestation nationale le 27 novembre. L’ensemble de la jeunesse, étudiante et lycéenne, se meten grève. Les manifestations se succèdent et s’accroissent : le 4 décembre, plus d’un million de personnes sont dans la rue. Les affrontements avec la police conduisent à la mort de Malik Oussekine le 5 décembre au soir. L’élargissement du mouvement, la solidarité de l’opinion et la crainte que les organisations de salariés ne rentrent également dans le jeu permettent d’obtenir le 8 décembrele retrait du projet et la démission du Ministre. Cette bataille fait écho aux combats menés par l’UNEF-ID depuis 1980. Ce mouvement particulièrement syndical se construit autour d’un seul mot d’ordre unifiant : le retrait du projet. Les élections universitaires suivantes vont démontrer que l’UNEF-ID n’a plus d’opposition syndicale en milieu étudiant.

Les liaisons dangereuses

Au sortir du mouvement Devaquet, l’UNEF-ID vit ses plus belles années. Cependant, en 1988, le retour au pouvoir de la gauche dont elle se sent proche va modifier les rapports qu’elle entretenait avec l’appareil d’État. L’indépendance syndicale, étendard brandi pour dénoncer une UNEF-SE satellite étudiant du PCF, est moins facile à décliner avec cette nouvelle donne. Peu préparée à ces difficultés, l’UNEF-ID passe du refus de la participation à la dépendance vis-à-vis du gouvernement, « qu’il ne faudrait pas gêner dans son combat ». Ainsi, en 1991, lorsque Lionel Jospin, ministre de l’Éducation Nationale, propose aux organisations étudiantes de signer un Plan social étudiant, qui préconise notamment le développement des prêts bancaires pour les étudiants, la direction de l’UNEF-ID apposera sa signature. En 1992, lors des mobilisations étudiantes contre le projet du même ministre proposant notamment de créer un diplôme sanctionnant la 1ère année de DEUG qui nourrit la crainte d’une évaporation des étudiants vers le monde du travail et le chômage, l’UNEF-ID est muette. Sa légitimité est affaiblie. Manque d’indépendance, manque de démocratie et manque de perspectives syndicales unifiantes, la majorité s’effrite.

Cartellisation de l’organisation

Peu à peu les minorités du syndicat s’organisent pour tenter de recréer une dynamique syndicale. Le tournant a lieu en janvier 1993, lorsque le Trésorier David Rousset et la secrétaire générale Emmanuelle Paradis quittent la majorité de Philippe Campinchi pour participer à la création d’une nouvelle tendance, «Indépendance et Action ». Ils remettent en cause une orientation syndicale devenue peu lisible dans le monde étudiant. En mai 1994, un congrès est convoqué à Clermont-Ferrand pour résoudre la crise, et l’UNEF-ID échappe de peu à la scission. Chaque composante revendique la majorité, rien ne permet de les départager. Le syndicat est coupé en deux. Un accord est trouvé pour préserver l’essentiel : l’unité de l’UNEF. Mais chacun retient son souffle… L’UNEF est en crise. Elle n’est plus de façon incontestée la première organisation étudiante. Le syndicat est entièrement préoccupé par sa propre recomposition, ce qui permet à la FAGE de l’emporter aux élections du CNESER en juillet. Il est temps de tourner la page.

Un syndicalisme étudiant enfin…

Il faut attendre l’élection de Pouria Amirshahi au congrès de Paris en décembre 1994 pour que la minorité I&A portée par un courant de sympathie de plus en plus large (elle est rejointe par la Tendance Avenir Syndicale) devienne majoritaire.
Une majorité de travail est constituée avec la Tendance Reconstruire, animée par Oliver Girardin.Pouria Amirshahi veut « reconstruire un syndicat débarrassé de la tutelle politique » et sait que les nouveaux adhérents sont de la « génération CIP », du nom du mouvement contre la tentative d’instaurer un contrat jeune spécifique assorti d’un Smic jeune par le premier ministre Edouard Balladur.
L’objectif affiché par la nouvelle majorité est de rendrel’UNEF-ID aussi forte dans la rue que dans les urnes. Dès février 1995, la publication du rapport Laurent jette le trouble dans le monde universitaire. Le service public d’enseignement supérieur semble menacé par la « révolution libérale » qu’il propose. Les reculades gouvernementales du ministre de l’Education François Fillon ne changent en rien la détermination de l’UNEF-ID. La précarité s’accentue dans le monde étudiant, et le projet de modification des conditions d’attribution des aides au logement (ALS) déclenche la colère. Jacques Chirac avait promis un projet de loi sur « le statut social de l’étudiant», mais François Bayrou semble tergiverser. À la rentrée 1995, des dizaines de milliers de manifestants défilent dans toute la France en réponse au plan Bayrou. e mouvement est alimenté par une situation budgétaire dramatique dans les universités. Dès le début de l’année, des filières gravement sous-dotées en moyens comme celles de STAPS ou de Sciences humaines, ne peuvent plus fonctionner. Elles se mettent en grève. La jeunesse se porte solidaire du fort mouvement social contre les projets du Premier Ministre Alain Juppé de réforme de la Sécurité sociale et des retraites. L’UNEF-ID participe au mouvement social le plus important depuis mai 1968. Dans certaines universités, les cours sont presque totalement interrompus durant les mois de novembre et décembre 1995.
Les universités obtiennent une rallonge budgétaire. Même si elle est confrontée maintes fois à desgroupuscules gauchistes dans les universités, l’UNEF-ID réussit à instaurer un nouveau rapport de force de manière durable avec les pouvoirs publics.

« Pour la première fois, les étudiants ont imposé une réforme »

Au sortir du mouvement de novembre-décembre 1995, la légitimité de l’UNEF-ID est forte.
Elle est à nouveau la première organisation étudiante devant la FAGE. Les États Généraux de l’UNEF-ID, transformés en États Généraux de l’enseignement supérieur, ont permis de mettre en avant la revendication d’une nouvelle réforme pédagogique, qui réponde aux aspirations d’étudiants toujours plus nombreux, à l’échec de plus en plus massif dans les premiers cycles universitaires et qui « dépoussière » un système universitaire, qui n’a pas évolué depuis 1984et reste assujetti au poids d’un conservatisme encore très fort, notamment en matière d’examens. Même si quelques mois plus tard, François Bayrou se démarque clairement de la commission Fauroux sur le système éducatif (« Il faut parvenir à un million d’apprentis d’ici à l’an 2000 »), les avancées ne sont toujours pas au rendez-vous. Le ministre accepte d’engager les discussions avec les étudiants et l’UNEF. Dès avril 1997, une nouvelle réforme pédagogique voit le jour.
Forte de sa légitimité, l’UNEF-ID en a en grande partie inspiré le contenu. Elle obtient de nouveaux droits pour les étudiants, notamment en matière de cadrage national des diplômes et d’examens, et fait ainsi baisser le poids du mandarinat dans les universités. La mise en place du plan social étudiant en 1999 s’inscrit dans ce cycle de victoires. Pour la première fois le principe d’aide à l’étudiant en fonction de sa situation propre, et non en fonction de celle de ses parents, est reconnu. Certes, les aides ainsi mises en place sont contingentées, mais le principe de l’allocation d’études, bataille constante de l’UNEF, est reconnu.
Sur le terrain, les AGE vont, pendant plusieurs années, batailler pour voir appliquer les nouveaux droits issus des réformes de 1997 et de 1999. Il en résulte une progression constante lors des scrutins locaux et nationaux. Ainsi, en 2000, l’UNEF-ID obtient 5 élus sur 11 au CNESER et 5 élus sur 8 au CNOUS, atteignant 42,5 % des voix. De son côté, et pour la première fois de son histoire, l’UNEF-SE perd sa qualité d’organisation représentative dans les Œuvres.

Vers l’unité retrouvée : le retour de la Grande UNEF

Le mouvement de 1995 a permis de constater que les différences d’ordre revendicatif entre les deux UNEF s’estompaient de plus en plus. Dès le Congrès de Montpellier en 1997, l’UNEF-ID, par la voix de son président, invitera les deux UNEF à se retrouver «dans la maison commune ». Marie-Pierre Vieu, présidente de l’UNEF-SE, lui répond mais toutefois, rien ne se fait. L’unité d’action entre les deux UNEF commence en vérité sur le terrain mutualiste. L’UNEF-ID, reconstruite sur le plan national, renoue progressivement avec la MNEF, dont les étudiants ne présidaient plus les destinées. La mutuelle avait en effet été abandonnée au profit d’une équipe de « professionnels » qui la dirigeait dans une perspective de rentabilité et de diversification de ses prestations. Sa direction est légitimement contestée lorsque des affaires mettant en cause des ministres défrayent la chronique. En 1999, les listes étudiantes « Changer la Mnef » conduites par Pouria Amirshahi l’emportent et permettent de renouer avec une gestion étudiante et démocratique de la mutuelle. L’expérience étudiante pourtant prometteuse ne durera que sept mois avant que les pouvoirs publics ne se décident, pour des raisons purement électorales, à liquider le sigle MNEF devenu soudain gênant. La MNEF, riche d’une histoire sociale de près de 50 ans disparaît. Sur ses ruines, La Mutuelle des Étudiants (LMDE) est créée. Elle est encadrée par des parrains mutualistes, FNMF et MGEN, qui veillent à l’indépendance de la mutualité étudiante…
Les conditions de l’élaboration d’une stratégie d’unité d’action entre les deux UNEF semblent enfin réunies. La domination militante et électorale de l’UNEF-ID, la perte de vitesse de l’UNEF-SE, l’incompréhension des étudiants face à ces divisions historiques sans fondements actuels sont telles que les discussions s’accélèrent. Lors du scrutin au CNESER de l’année 2000, l’UNEF-ID et l’UNEF-SE font liste commune. Le bon score obtenu et les rapprochements idéologiques tant sur les aspects universitaires que sur le statut social étudiant conduisent les deux organisations à organiser des Comités de Liaisons Paritaires. En décembre 2000, une première tentative de réunification échoue.
Les discussions aboutissent enfin lors d’une Assemblée générale extraordinaire de Réunification, les 23 et 24 juin 2001 : la division du syndicalisme étudiant qui durait depuis presque 30 ans est terminée. Reconnue dans son milieu, incontournable dans le mouvement social, l’UNEF a désormais toutes les cartes en main pour être un émetteur puissant et efficace. A l’occasion de l’élection présidentielle de 2002, l’UNEF prend toute sa place dans le débat. Elle rassemble 1000 étudiants à la Sorbonne en mars 2002 à l’occasion des « Etats généraux pour l’autonomie des jeunes » et interpelle les candidats : « Qu’allez-vous faire de nos vingt ans ? ».

Les discussions aboutissent enfin lors d’une Assemblée générale extraordinaire de Réunification, les 23 et 24 juin 2001 : la division du syndicalisme étudiant qui durait depuis presque 30 ans est terminée. Reconnue dans son milieu, incontournable dans le mouvement social, l’UNEF a désormais toutes les cartes en main pour être un émetteur puissant et efficace. A l’occasion de l’élection présidentielle de 2002, l’UNEF prend toute sa place dans le débat. Elle rassemble 1000 étudiants à la Sorbonne en mars 2002 à l’occasion des « Etats généraux pour l’autonomie des jeunes » et interpelle les candidats : « Qu’allez-vous faire de nos vingt ans ? ».

Battre le FN « dans la rue et dans les urnes »

Dès le soir du 21 avril 2002 qui voit le candidat de l’extrême droite accéder au second tour de l’élection présidentielle, l’UNEF est la première organisation à appeler à battre Le Pen « dans la rue et dans les urnes ». L’UNEF adresse à tous les candidats une « lettre de la jeunesse mobilisée » qui rappelle que « toute alliance avec l’extrême droite doit être refusée ». En pointe des manifestations anti-Le Pen, la jeunesse donne le ton, et la société se mobilise dans son élan. En pointe de ces manifestations, l’UNEF se fixe par la suite comme responsabilité d’organiser la « génération 21 avril » en lui offrant de nouvelles perspectives d’engagements. L’UNEF confirme dans les urnes le rôle central qu’elle a joué durant cette période : elle sort victorieuse des élections au CNESER (5 élus sur 11) et au CNOUS (3 élus sur 8, en raison notamment de la percée de l’EMF allié pour l’occasion à la FAGE).
Dès la rentrée, l’UNEF s’engage alors dans la défense du service public d’éducation et contre la stigmatisation des jeunes portées par le gouvernement Chirac-Raffarin-Sarkozy. « Quand vous ouvrez une école, vous fermez une prison » écrivait Victor Hugo, slogan repris par les affiches du syndicat. L’UNEF s’investit dans le mouvement contre la suppression des MI/SE et contre les coupes budgétaires dans l’enseignement supérieur. Le bilan d’activité présenté lors du 78ème congrès qui se tient à Lyon du 8 au 11 mai 2003 témoigne de la richesse de son activité syndicale: elle obtient l’extension du « Locapass » aux étudiants boursiers et salariés, et celle de la couverture maladie universelle aux étudiants.

« Être le moteur et le relais du combat d’une génération… »

En 2003, l’UNEF renoue avec la rue. Elle appelle les étudiants à se mobiliser, aux côtés des salariés tout d’abord, avec lesquels elle manifeste en mai et juin pour défendre le droit à des retraites par répartitions de haut niveau menacées par la réforme Fillon. «Étudiants d’aujourd’hui, retraités de demain. Nous avons notre mot à dire ! »: l’UNEF milite pour la garantie du droit à la retraite à soixante ans et revendique la prise en compte des années d’études dans le calcul des annuités.
En mars, elle relaie l’appel des étudiants américains contre la guerre en Irak et appelle les étudiants à se joindre aux manifestations contre l’agression américaine. Engagée depuis plusieurs années dans le mouvement altermondialiste, l’UNEF donne une nouvelle dimension à son action aux côtés de tous ceux qui travaillent à la construction d’une alternative à la marchandisation du monde, pour un monde de justice et de paix: l’UNEF est présente au contre sommet du G8 à Evian (juin 2003) et s’engage pleinement dans l’organisation du Forum Social Européen en novembre 2003 à Paris Saint-Denis. Les 13 et 14 novembre 2003, elle manifeste à Bruxelles lors de l’euro- manifestation organisée à l’occasion du sommet de l’Union européenne.
Mais c’est sur le plan syndical que l’UNEF engage son plus important combat. A l’issue de son 78ème congrès en mai, l’UNEF appelle les étudiants à se mobiliser contre le projet de loi de modernisation universitaire, qui généralise la concurrence entre universités et menace les universités de moins de 10 000 étudiants, et contre la réforme dite LMD (Licence, Master, Doctorat) et les ECTS, qui sous couvert d’harmonisation européenne remettent en cause le cadre national des diplômes, les droits étudiants et l’égalité entre universités. Confrontée à un chantage à l’Europe lors de la bataille contre le LMD, selon lequel il ne serait plus possible de contester le contenu de réformes faites au nom de l’Europe, l’UNEF décide de se réinvestir au sein de l’ESIB (European Student Information Bureau), dont elle est membre fondateur depuis 1982, afin d’élaborer son projet pour une autre Europe de l’éducation. À l’automne, la forte mobilisation étudiante impulsée par l’UNEF contraint Luc Ferry à retirer son projet dit de modernisation universitaire, dont l’examen prévu en juin avait déjà été différé.
Forte de cette victoire, l’UNEF poursuit son action dès la rentrée 2003 en s’engageant dans de nouvelles batailles syndicales.
Elle met ainsi l’accent en décembre sur la situation budgétaire alarmante de certaines universités qui se voient contraintes de fermer leurs portes ou de cesser de payer le chauffage en hiver. L’UNEF s’engage dans le fort mouvement de contestation dans le monde de la recherche asphyxié par les coupes budgétaires, dans la préparation des Etats Généraux pour la recherche en 2004. Sur le plan interne, l’UNEF s’attache à développer un syndicalisme d’adhérents en multipliant coopératives et Maisons de l’étudiant pour faire vivre la solidarité sur les campus.
Surtout, l’UNEF se saisit de la question du logement qui illustre la précarité grandissante que connaissent les étudiants depuis plusieurs années. La campagne qu’elle mène permet d’obtenir la suspension des décrets baissant les aides au logement pour les étudiants salariés ; avec la LMDE et la FERUF, l’UNEF organise des « Etats Généraux du logement étudiant ». La publication du rapport parlementaire de Jean-Paul Anciaux appuie les analyses de l’UNEF sur le caractère alarmant de la situation et reprend ses principales revendications en matière de logement étudiant. L’UNEF obtient alors une avancée importante : Luc Ferry s’engage à ce que l’Etat finance la construction de 5000 nouvelles chambres CROUS et la réhabilitation de 7000 autres par an jusqu’en 2014.
En mars, l’UNEF enregistre une progression électorale: avec plus de 40% des voix et 5 élus sur 8 au CNOUS, les étudiants votent très majoritairement pour l’UNEF et exigent du gouvernement une politique ambitieuse en matière d’aide sociale. Les résultats des élections au CNESER (5 élus sur 11) viendront confirmer en juin que l’UNEF reste incontestablement la première organisation étudiante représentative.

« Fillon, si tu savais … »

En juin 2004, Luc Ferry est remplacé par François Fillon au Ministère de l’éducation nationale. Si celui-ci semble « plus ouvert au dialogue que son prédécesseur», la vigilance s’impose. L’opération « un portable à un euro par jour » lancée en grande pompe par le nouveau ministre à la rentrée ne fait pas illusion : la volonté affichée de faciliter l’accès aux nouvelles technologies pour les étudiants ne suffit pas à masquer le désengagement croissant de l’État du financement des universités.
L’UNEF s’engage aux côtés des lycéens contre la réforme du baccalauréat souhaitée par François Fillon. Après plusieurs semaines de mobilisation, le ministre recule. Mais à partir du mois d’avril 2005, l’UNEF réouvre le « dossier non classé » du LMD. Mise en œuvre dès 2003 dans quinze universités, la réforme s’applique maintenant dans 75 % des établissements et les concernera tous à la rentrée prochaine. L’heure du bilan est donc venue.
Des États généraux locaux sont organisés dans toutes les universités avant des États généraux nationaux à Paris le 16 avril 2005, en vue de débattre des dispositifs de régulation à mettre en œuvre pour garantir l’égalité et proposer une autre réforme pour la réussite de tous. À cette occasion, les étudiants « reprennent la main » et obtiennent le règlement de nombreux problèmes localement : modalités de contrôle des connaissances, compensation entre les semestres, sélection à l’entrée en master, suppressions de notes éliminatoires, réinstauration de sessions de rattrapage, accompagnement pédagogique de l’étudiant, enseignement des langues, bourses de mobilité, etc. L’UNEF exige de nouveau textes règlementaires pour garantir l’égalité entre étudiants et le cadre national des diplômes. À Paris, une plate-forme de « dix chantiers pour une autre réforme de l’enseignement supérieur » est adoptée.
L’activité internationale de l’organisation se développe. En février, l’UNEF organise un voyage d’étude au Proche-Orient, et noue des relations avec des organisations étudiantes israéliennes et palestiniennes œuvrant pour la paix. L’UNEF est élue au sein du comité exécutif de l’ESIB, l’organisation étudiante européenne, dont elle a occupé la présidence en 2000. Alors que les Français sont appelés à se prononcer par referendum sur un projet de traité constitutionnel européen (TCE), l’UNEF, non sans avoir débattu de la pertinence de formuler un appel à voter, prend position et appelle à refuser ce projet de TCE. L’UNEF mène une campagne active sur les campus contre un « texte qui passe les services publics à la trappe au nom de la concurrence libre et non faussée » et ne reconnaît le droit à l’éducation que comme alibi social. En mai, 55% des français, et la majorité des 18-25 ans, se prononcent contre le texte et expriment leurs exigences sociales à l’égard de la construction européenne. En juillet 2005, Bruno Julliard succède à Yassir Fichtali à la présidence de l’UNEF.

Urgences chez les étudiants

« La croissance est en panne, la flexibilité est de mise, et les jeunes en sont la première cible ». En ce mois d’octobre 2005, il y a urgence, et notamment urgence sociale pour les étudiants. L’UNEF exige un Plan social étudiant en vue d’une refonte globale du système d’aides qui n’oublierait pas les étudiants étrangers. Elle exige que soit mis fin au scandale des frais d’inscriptions illégaux. Elle dénonce aussi vigoureusement, la « précarité sur ordonnance » qu’instaure le nouveau Contrat nouvelle embauche (CNE), décrété au cours de l’été par le nouveau gouvernement de Dominique de Villepin qui a préféré recourir aux ordonnances plutôt que de débattre de ce nouveau contrat de travail qui autorise le licenciement sans motif, rend impossible l’exercice de toute liberté syndicale et généralise la précarité.

« Un droit à l’avenir pour tous les jeunes »

Avec la suppression de postes aux concoursde l’enseignement, le projet de loi relatif au séjour des étrangers dans le cadre de l’immigration choisie, le non-paiement des bourses en décembre, la remise en cause au Sénat des engagements pris pour le logement étudiant, le contexte est marqué par d’importantes régressions pour la jeunesse. Un mois après la flambée des banlieues et les réponses sécuritaires et répressives du gouvernement à la jeunesse, l’UNEF tient son 79ème congrès à Reims, du 1er au 4 décembre. A cette occasion, elle se fait le porte voix de la jeunesse et réclame la reconnaissance du « droit à l’avenir » pour tous les jeunes, ainsi qu’un véritable investissement dans l’éducation : il faut faire de la démocratisation de l’enseignement supérieur non plus un slogan mais une réalité. L’UNEF déclare vouloir approfondir son action sur plusieurs sujets : les stages, la recherche, l’insertion professionnelle, la défense des étudiants étrangers. Surtout, Bruno Julliard affirme lors de la conclusion du congrès la volonté du syndicat de « ne pas attendre patiemment une éventuelle éclaircie en 2007» pour la jeunesse, et de « créer les conditions d’une contestation étudiante, si possible en configuration interprofessionnelle ».
C’est dans ce contexte social difficile, et à l’issue d’un congrès offensif, que l’UNEF apprend le 16 janvier la volonté du gouvernement de Villepin de créer un Contrat première embauche (CPE) au prétexte de la lutte contre le chômage des jeunes. Le cynisme du gouvernement atteint des sommets. Il déclare la guerre à la jeunesse.

Jeunes et jetables… À l’assaut… !

Le jour même de l’annonce de la création de ce nouveau contrat, l’UNEF somme le premier ministre de renoncer à son projet de « nouveau CIP », et dénonce « une nouvelle attaque contre le code du travail » qui fait de la jeunesse « une main d’œuvre bon marché, une variable d’ajustement pour les entreprises leur permettant d’embaucher des jeunes sans contraintes et de les licencier à tout moment ». Dès l’annonce gouvernementale, l’UNEF lance une pétition exigeant le retrait du CPE, et appelle syndicats et organisations de jeunesse à se réunir. Le bras de fer avec le gouvernement s’engage.
Pendant un mois, l’action militante de l’UNEF sur les campus permet une prise de conscience qui va lever la vague: l’opinion est alors globalement favorable au CPE, le gouvernement martèle que ce contrat, c’est « mieux que rien ». Les premières assemblées générales étudiantes sont encourageantes. Très vite, elles organisent la mobilisation sur les universités. Au lendemain de la première grande manifestation nationale du 7 février, 2000 étudiants votent la grève à Rennes 2. C’est l’étincelle… La mobilisation s’étend très vite à toute la France.
Au-delà de la question du CPE, l’UNEF exprime le refus de la précarité qui parcourt la jeunesse. Autour de ce combat unifiant, l’unité syndicale retrouvée et la solidarité entre les générations permettent une mobilisation massive, au sein de laquelle l’UNEF, outil à la disposition des étudiants, joue un rôle central en trouvant toute sa place au sein de l’intersyndicale et dans les coordinations étudiantes.
Le gouvernement utilise tous les moyens de pression pour décourager le mouvement : pressions, stigmatisation, tentatives de divisions, pourrissement et il demeure inflexible. Mais les anti-CPE tiennent bon. Durant douze semaines, étudiants, lycéens, salariés, travailleurs précaires, retraités, parents d’élèves, pères et mères de famille, vont défiler derrière les mêmes banderoles, scander les mêmes slogans dans l’unité et la solidarité retrouvées. Ils sont 1,5 million dans la rue le 16 février et 3 millions le 28 mars.
Dans une ultime tentative, après avoir fait le choix du passage en force en ayant recours au vote bloqué de l’article 49-3 de la constitution, le président de la République promulgue la loi incluant le CPE le 31 mars, tout en annonçant qu’il ne l’appliquera pas. 3 millions de personnes lui répondent en manifestant le 4 avril. Après trois mois de mobilisation, cinq journées nationales d’action unitaire, c’est la victoire : le gouvernement cède le 10 avril et retire définitivement le CPE.

Après la défaite du gouvernement

Avec le retrait du CPE, le mouvement social a probablement remporté sa plus grande victoire depuis 1995 et a sans conteste infligé au gouvernement sa plus lourde défaite depuis 2002. L’UNEF sort renforcée de cette mobilisation : portevoix de la jeunesse, elle a la confiance pleine et entière des étudiants et elle noue de nouvelles relations avec les confédérations syndicales de salariés.
La mort du CPE réchauffe les cœurs, mais chacun sait que de nombreux droits restent à défendre ou à conquérir. Convaincue de la nécessité de construire un outil syndical puissant, l’UNEF lance une vaste campagne de syndicalisation pour offrir des cadres d’engagement à la génération CPE. Elle s’engage également dans les nombreuses batailles qu’exige la politique du gouvernement. Au moment où la loi Sarkozy sur l’immigration menace de faire des étrangers en France une population de seconde zone, l’UNEF fait de l’égalité de droits entre étudiants français et étudiants étrangers une revendication essentielle. Elle s’attache à faire vivre le collectif « unis contre l’immigration jetable » et participe, en juillet à la fondation du Réseau université sans frontières (RUSF). En novembre, son action commence à payer et elle obtient des droits nouveaux : suppression de l’autorisation administrative de travail et élévation de la limite hebdomadaire de travail de 17h à 21h pour les étudiants étrangers.
Comme les autres années, la rentrée universitaire 2006 est difficile. À six mois des élections présidentielles, les universités font toujours face à la pénurie budgétaire et le milliard d’euros promis pour la recherche n’est pas au rendez-vous. La situation sociale des étudiants se dégrade. Quand le gouvernement s’essaie à l’instauration de la sélection à l’entrée du master en novembre, l’UNEF se mobilise et le fait reculer. Le face à face se poursuit pendant un an, et l’UNEF s’organise dès lors pour interpeller les candidats à l’élection présidentielle.

L’UNEF a 100 ans : « faisons nous entendre ! »

À la veille de son 80e congrès, l’UNEF mène auprès des candidats à l’élection présidentielle une campagne d’interpellation sous forme de lettre ouverte présentant les sept exigences des étudiants : instauration d’un allocation d’autonomie, investissement massif de l’État dans l’enseignement supérieur, réforme pédagogique pour la réussite de tous, égalité des droits entre étudiants étrangers et étudiants français, garanties pour une insertion professionnelle durable des jeunes, plan pour le logement étudiant se fixant l’objectif de 30 % d’étudiants logés en cité-U, plan pour l’accès des jeunes à la santé. Quand Nicolas Sarkozy, candidat à la présidentielle, annonce son souhait de réforme l’université, prenant exemple sur le modèle américain et déclare que « le problème des doits de scolarité devra franchement être posé » et que « l’Etat n’est pas obligé de financer les filières qui conduisent au chômage », l’UNEF met en garde et pose alors très clairement des lignes jaunes à ne pas franchir.
Lors de son congrès, qui se tient à Lille du 22 au 25 mars 2007, l’UNEF accueille les candidats à l’élection présidentielle qui viennent lui répondre et prendre des engagements en direction de la jeunesse.
Mais ce 80ème congrès de l’UNEF est aussi celui de son centenaire. Renouant avec son histoire, souvent chaotique, l’UNEF célèbre avec tous ses anciens la place et le rôle joué par le mouvement étudiant dans l’histoire de notre pays. Consciente d’avoir incarné, pendant un siècle, la volonté d’unité du syndicalisme étudiant, l’UNEF affirme sa détermination à porter la voix de la jeunesse pour transformer la société.

Quand l’UNEF entame un bras de fer avec le gouvernement

En mai 2007, les urnes parlent. L’UNEF prend acte de l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, tout en soulignant que pour la première fois dans l’Histoire, le président élu n’a pas recueilli les suffrages majoritaires des jeunes. La défiance entre les jeunes et le nouveau pouvoir est forte, mais le gouvernement profite de l’état de grâce consécutif à l’élection pour annoncer sa volonté de réformer l’université « avant l’été ».
L’UNEF dénonce la logique des choix du candidat Sarkozy sur l’université. Elle obtient un premier recul : au lendemain des élections législatives, le premier ministre annonce que la réforme ne modifiera ni le libre accès à l’université, ni le caractère national des droits d’inscription. Mais le nouveau gouvernement, fort de sa légitimité, annonce un calendrier « à marche forcée ». L’UNEF dénonce la volonté de passage en force. Suite au refus du gouvernement de desserrer le calendrier et consciente du rapport de force défavorable aux étudiants qui ne sont plus présents sur les campus, l’UNEF s’investit en juin dans les négociations pour défendre les droits des étudiants.
Quand Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, présente son avant-projet de loi « sur l’autonomie des universités », le ton monte. « Mascarade de plus, et de trop… » selon l’UNEF, qui dénonce un projet « jusqu’au boutiste » qui affaiblit le service public d’enseignement supérieur. L’UNEF dénonce en particulier les reculs de la démocratie universitaire, l’instauration de la sélection à l’entrée du master et le caractère optionnel de l’autonomie qui créerait des universités à deux vitesses. L’UNEF s’oppose au projet et vote contre lors de sa présentation au CNESER, le 22 juin. Nicolas Sarkozy fait marche arrière sur certains points : la proportion de membres des CA d’université passe de 20 à 30, les statuts d’université à deux vitesses sont supprimés, et la sélection à l’entrée du master n’est plus d’actualité. Le gouvernement s’engage à augmenter le budget de l’enseignement supérieur de 5 milliard sur 5 ans. La loi est définitivement adoptée par l’Assemblée Nationale le 11 août. L’UNEF dénonce une loi mauvaise et dangereuse pour le service public et les étudiants.

« Sarkozy, c’est 15 milliards pour les riches. Et combien pour les étudiants ? »…

A la rentrée, le gouvernement, non content d’avoir imposé une réforme contestée par l’ensemble de la communauté universitaire, ne respecte pas ses engagements financiers destinées à accompagner la réforme et à mettre en place les réformes demandées par les étudiants. Lors de son collectif national d’octobre, l’UNEF lance une campagne offensive « Sarkozy président, c’est 15 milliards pour les riches et combien pour les étudiants ? » et appelle les étudiants à se réunir en AG et à se mobiliser pour lutter contre le désengagement politique et financier de l’Etat introduit par la loi et amplifié par l’absence de moyens.
Le mouvement prend vite de l’ampleur, dans un contexte de mobilisation des fonctionnaires contre la réforme des régimes spéciaux. Fin novembre près de 46 universités sont bloquées. Malgré des désaccords au sein du mouvement, sur les revendications ou certaines actions, l’UNEF maintient l’unité d’action entre les étudiants, indispensable à l’amplification du rapport de force. Cependant, l’objectif du gouvernement est clair : fort de sa légitimité électorale, il cherche, en affichant une fermeture à toute épreuve, à envoyer le mouvement étudiant dans le mur afin de briser durablement ses capacités de résistance, suivant en cela l’exemple de Margaret Thatcher face aux cheminots britanniques dans les années 80. Surtout, à la fin du mois de novembre, le mouvement montre ses premiers signes de stagnation. L’UNEF affiche dès lors sa détermination à transformer le rapport de force établi par les étudiants en avancées, contre les principaux dangers de la loi sur le désengagement de l’Etat, les risques de sélection et les inégalités entre établissements. Le 27 novembre, la ministre apporte enfin des réponses à la mobilisation étudiante: mise en place d’un cadrage national des diplômes, création d’un 6ème échelon de bourses et déblocage de 730 millions d’euros pour la réussite en licence. Ainsi, à la finde l’année, au moment où le plan licence revendiqué par l’UNEF est accordé par le gouvernement, Bruno Julliard quitte la présidence de l’UNEF. Le 8 décembre, élu à l’unanimité par le bureau national, Jean-Baptiste Prévost lui succède.

L’UNEF prend sa revanche

Après cette année 2007 chargée, l’UNEF inscrit son action dans le temps long du sarkozysme au pouvoir. Jean-Baptiste Prévost déclare que « les étudiants ne seront pas figurants du Sarkoshow » et que l’UNEF entend bien obtenir les réponses aux inquiétudes qu’ils expriment. L’UNEF est sur tous les fronts. Elle s’attache à défendre au quotidien les étudiants confrontés à des problèmes d’inscription, d’examens ou de cartes de séjour. Aux côtés des enseignants, l’UNEF appelle les étudiants à manifester le 24 janvier contre les suppressions de postes dans l’éducation. En février, elle lance une campagne choc dénonçant la pénurie inacceptable de logements étudiants : moins de la moitité des logements promis en 2004 par le plan Anciaux ont été construits. En juin, elle dénonce la volonté de Christine Boutin, ministre du logement, de baisser les aides au logement pour les étudiants en modifiant leurs critères d’attribution. L’UNEF lance une campagne de pétition : face à la pression le gouvernement recule. Un an après l’élection présidentielle, le mécontentement, l’inquiétude, ont relancé la combativité sociale.
C’est dans ce contexte que se tiennent les élections au sein des universités et au CROUS. La période récente a démontré la volonté à peine dissimulée du gouvernement d’affaiblir les étudiants. L’enjeu de ces élections est donc d’importance : de leur résultat dépend la capacité de l’UNEF à se faire entendre des pouvoirs publics dans un contexte difficile. Les résultats sont clairs : l’UNEF obtient 44 % des sièges (77 élus) au CROUS, soit 38 élus de plus qu’au dernier scrutin ; elle est majoritaire dans 18 Académies sur 25. Sa victoire au CNESER est elle aussi sans appel : 5 élus sur 11 et 774 voix (soit 38,3 %). Les étudiants renouvellent leur confiance dans l’UNEF et se prononcent clairement contre la politique universitaire menée par le gouvernement. L’écart s’est creusé avec les autres organisations, la deuxième obtenant moins de la moitié des voix de l’UNEF : celle-ci est incontestablement la première organisation étudiante.

Du devenir des promesses budgétaires en temps de crise…

« Profs : défilés d’angoisses », « forte mobilisation des enseignants contre les réformes Darcos », « des milliers de manifestants dans les grandes villes », la presse relaie l’ampleur des inquiétudes à la rentrée 2008. Au cours de l’été, le gouvernement a annoncé ses projets : suppression de milliers de postes dans l’éducation, suppression des IUFM et réforme de la formation des enseignants, réforme du lycée, attaques sur l’école maternelle, réforme de l’allocation des moyens aux universités. Les sujets de mécontentements sont nombreux, et le gouvernement cherche à ouvrir plusieurs fronts à la fois pour mieux affaiblir les capacités de résistance.
Les engagements budgétaires non tenus et le manque de moyens sont au cœur des inquiétudes en cette rentrée. Malgré les promesses, l’université est à son tour touchée par le dogme libéral de la baisse de l’emploi public. La suppression de 900 postes dans les universités résonne comme une provocation pour les étudiants : le gouvernement trahit ses propres promesses budgétaires! Dès le mois d’octobre l’UNEF accuse la politique de Nicolas Sarkozy d’être « coupable d’atteinte aux droits étudiants » et appelle à des assemblées générales sur les universités. Elle interpelle les parlementaires sur l’insuffisance du budget 2009. Plusieurs universités rejettent leur budget, jugé insuffisant. Alors que près de 25000 étudiants perdent leur bourse suite à la modification des critères d’attribution décidée par Valérie Pécresse, l’UNEF se mobilise et obtient la réouverture exceptionnelle du système de bourse. Le 20 novembre, 220 000 personnes sont dans la rue pour la défense du service public d‘éducation. En décembre, l’UNEF appelle les étudiants d’IUT à se mobiliser pour défendre les moyens de leurs établissements, menacés par le budget global instauré par la loi sur l’autonomie. Syndicat de transformation sociale, l’UNEF s’engage également pour défendre la laïcité, et assume également son « rôle de solidarité internationale parce que tous les peuples aspirent à leur émancipation dont l’éducation est le premier outil ». En cette fin d’année 2008, la jeunesse inquiète le gouvernement.
En décembre, alors que la jeunesse de Grèce engage un bras de fer contre son gouvernement pour dénoncer sa politique éducative et l’absence de perspectives qu’on lui offre, le gouvernement s’inquiète également de la combativité des jeunes en France. L’UNEF s’engage aux côtés des lycéens pour dénoncer la réforme du lycée, prétexte à des suppressions de postes. Le mouvement massif des lycéens impose un recul important au gouvernement et l’oblige à retirer sa réforme. Ensemble, lycéens, étudiants font reculer le gouvernement.

De la crise économique… à la crise universitaire

Le gouvernement cherche à éteindre l’incendie qu’il a lui-même allumé dans la jeunesse. Après avoir reculé en rase campagne sur la réforme du lycée, Nicolas Sarkozy annonce que 2009 sera « l’année de la vie étudiante » et nomme dans l’urgence Martin Hirsch « Haut commissaire à la jeunesse » pour mettre en place une nouvelle politique en direction des jeunes. Il y a urgence ! En janvier, alors que les jeunes sont en première ligne de la crise économique et de l’explosion du chômage, l’UNEF lance une campagne et accuse le gouvernement de mettre l’avenir de la jeunesse « en solde ». Les jeunes sont ainsi les grands oubliés du plan de relance. La colère gronde.
Fin janvier, c’est à l’université qu’elle s’exprime. Aveuglé par son approche idéologique du monde de l’université, il s’enferme dans la logique de l’autonomie des universités qui non seulement n’améliore pas la situation, mais qui affaiblit le service public. Loin d’améliorer l’encadrement en créant des emplois, il supprime 900 postes et modifie le statut des enseignants-chercheurs pour les pousser à travailler plus dans de moins bonnes conditions. Loin de répondre aux inquiétudes des étudiants sur leur avenir, il rajoute du chômage au chômage en supprimant des milliers de postes et rend plus difficile l’accès aux métiers de l’enseignement auxquels se destinent un grand nombre d’étudiants par la mastérisation de leur formation. Après avoir appelé à des assemblées générales au premier semestre, l’UNEF appelle désormais les étudiants à se mobiliser aux côtés de leurs enseignants et ils répondent présents.
Pendant 14 semaines, enseignants, chercheurs, étudiants, personnels administratifs réussissent à former un front uni de contestation de la politique universitaire. D’assemblées générales en manifestations, grèves et blocages, la forte mobilisation du monde universitaire, qui bénéficie du soutien de l’opinion publique, se heurte au mépris du gouvernement. Sous la pression, celui-ci est contraint de céder sur certains points en annonçant le report d’un an de la mastérisation de la formation des enseignants, l’arrêt des suppressions d’emplois à l’université, la réécriture partielle du décret modifiant le statut des enseignants. Mais le gouvernement refuse d’assumer clairement ces reculs et joue sur le pourrissement. À l’approche des examens, le mouvement universitaire contre les réformes décroît. Dénonçant « le cadeau fait au gouvernement » par ceux qui entendent menacer l’organisation des examens universitaires, l’UNEF s’attache à protéger les étudiants et souhaite empêcher qu’ils ne soient pénalisés par l’attitude fermée du gouvernement. Elle obtient de Valérie Pécresse des garanties sur des modalités d’organisation des examens et un mois de bourse supplémentaire pour les étudiants dont les partiels seraient décalés. Toutes les batailles engagées n’ont pas été gagnées, et les raisons de la colère sont encore nombreuses, mais la détermination de l’UNEF et les actions menées avec l’intersyndicale de l’enseignement supérieur et les organisations de salariés ont permis de changer le rapport de force. A l’issue de ce semestre, Valérie Pécresse est sur la défensive.

L’UNEF, porte-parole de toute une génération…

C’est dans ce contexte de crise économique et de mobilisation du monde universitaire que se tient à Marseille du 23 au 26 avril 2009, le 81e congrès national de l’UNEF. A cette occasion, l’UNEF accueille les secrétaires généraux des principaux syndicats de salariés (CGT, FO, FSU, UNSA…) qui lui témoignent leur confiance, et affirme sa volonté d’ancrer le syndicalisme étudiant dans le paysage syndical de notre pays. L’UNEF se fait le porte-parole des inquiétudes et des aspirations des jeunes et exige un plan d’urgence pour les protéger de la crise ainsi que la reconnaissance d’un droit à un haut niveau de formation pour tous. Elle interpelle le président de la République et exige un changement de cap en matière de politique sociale, économique, et éducative et s’alarme : « nous ne sommes pas au sommet d’une crise mais bien à son réveil si une prise de conscience ne s’opère pas. Si la société n’a d’autre perspective à offrir à sa jeunesse que la déqualification, la précarité, et le chômage, elle pose les bases d’une rupture durable avec notre génération ». Elle dénonce la politique universitaire de Valérie Pécresse reposant sur l’autonomie qui « tourne le dos à la mission émancipatrice de l’université, pour l’enfermer dans des logiques de court terme » et pose les bases de contre-réformes de l’université au service des étudiants et de la démocratisation du savoir. L’UNEF adresse également un message de confiance « à tous ces jeunes qui cherchent des points d’appui pour réfléchir et agir utilement », malgré un contexte difficile : « aux étudiants qui souffrent de la précarité sociale, aux étudiants qui crient leur colère contre les inégalités entre universités, aux jeunes qui sont tentés de laisser tomber, l’UNEF répond qu’elle ne baissera pas les bras, que des victoires sont encore possibles, et qu’il ne peut y avoir de réussite durable que fondée sur un rapport de force solide et permanent ». Enfin, dans le prolongement de la réforme statutaire votée lors de son précédent congrès, elle appelle à l’unité du mouvement étudiant et affirme vouloir « s’ouvrir et organiser en son sein toute la jeunesse pour porter sa voix et faire avancer ses droits » sur la base « de trois principes: le respect du pluralisme reposant sur le droit de tendance, la construction de cette démarche au sein de la « maison commune » qu’est l’UNEF, et le syndicalisme de transformation sociale ».
Parmi tous les défis qu’elle devra relever, celui du rassemblement n’est pas le moindre. L’UNEF a désormais toutes les cartes en main pour être un émetteur puissant et efficace. Par son histoire, par son unité, par ses convictions, par sa détermination, gageons que l’UNEF aborde ces défis avec confiance et détermination.